Dijon Métropole face à la loi Le Meur : pourquoi les leviers locaux n'ont pas été activés
Contrairement à Beaune et Strasbourg, Dijon Métropole n'a pas réduit la durée maximale de location ni durci son régime d'enregistrement. Décryptage d'un choix politique assumé.
À huit jours de la deadline nationale du 20 mai 2026 fixée par la loi n° 2024-1039 du 19 novembre 2024 (dite loi Le Meur), Dijon Métropole se distingue de la plupart des grandes agglomérations françaises. Là où Bordeaux, Strasbourg, Lyon ou Nantes ont activé tous les leviers permis par le texte, la métropole bourguignonne a fait le choix d'une application strictement nationale, sans surcouche locale.
Une position publique assumée
Dans une interview au Journal du Palais (avril 2026), Nuray Akpinar-Istikam, adjointe au maire de Dijon déléguée au logement, a clarifié la doctrine de l'exécutif métropolitain :
Nous n'avons pas prévu de réduire la durée des locations.
La phrase, courte, vaut programme. Concrètement, sur le territoire de Dijon Métropole (23 communes, 261 000 habitants) :
- La durée maximale de location d'une résidence principale en meublé de tourisme reste à 120 nuitées par an, comme l'autorise la loi par défaut. Aucune réduction à 90 ou 60 nuitées comme l'a votée Annecy ou Saint-Malo.
- Aucune zone tendue spécifique n'a été redéfinie au-delà du zonage national. Dijon reste classée en zone B2 hors agglomération centrale.
- Le changement d'usage reste obligatoire uniquement pour les résidences secondaires louées en meublé de tourisme, et conformément au régime préexistant.
- L'enregistrement national via Declaloc reste la seule obligation nouvelle à respecter avant le 20 mai 2026.
Pourquoi ce choix ?
Plusieurs facteurs convergents éclairent cette retenue.
D'abord, la tension locative à Dijon, bien que réelle, n'atteint pas les niveaux de Paris, Bordeaux ou des stations littorales. L'observatoire local des loyers (ADIL 21) chiffre la pression locative à 1,8 candidat par logement disponible en 2025, contre 3,2 à Bordeaux et 5,1 à Paris intra-muros. Le maire François Rebsamen a publiquement défendu une approche pragmatique, jugeant que le parc Airbnb dijonnais (estimé à 2 187 annonces actives en avril 2026 selon AirDNA) ne pesait pas significativement sur le marché de la location longue durée.
Ensuite, la filière touristique représente un levier économique reconnu : la Foire Internationale Gastronomique (1,7 million de visiteurs cumulés sur dix éditions), la Cité Internationale de la Gastronomie et du Vin ouverte en 2022, et le statut UNESCO des Climats du vignoble de Bourgogne génèrent une demande hôtelière forte. Réduire la capacité Airbnb sans plan B hôtelier crédible aurait été un signal négatif aux opérateurs.
Enfin, le calendrier politique joue. Les élections municipales de 2026 (mars) ont reconduit l'équipe en place, et le programme de la liste Rebsamen ne mentionnait aucun durcissement de la réglementation meublés de tourisme. La continuité prime.
Conséquences pratiques pour les propriétaires dijonnais
Pour les propriétaires d'un meublé de tourisme à Dijon, la situation au 12 mai 2026 reste donc lisible :
- Obligation nationale : enregistrer son meublé via Declaloc avant le 20 mai 2026. Numéro national délivré sous 48 à 72 heures, à afficher sur toutes les annonces (Airbnb, Booking, Abritel).
- DPE obligatoire : DPE en cours de validité requis. Classe G interdite à la location à compter du 1er janvier 2025 pour les résidences principales, étendu progressivement aux meublés de tourisme.
- Résidence principale : limite de 120 jours/an maintenue, déclaration annuelle des nuitées sur l'espace personnel impôts.gouv.fr.
- Résidence secondaire : changement d'usage obligatoire en mairie de Dijon (procédure existante, gratuite, délai 1 à 3 mois).
- Sanctions : amende administrative jusqu'à 10 000 € par bien non enregistré au 21 mai 2026 (article L324-1-1 du Code du tourisme).
Et après ?
La position actuelle de Dijon Métropole n'est pas gravée dans le marbre. Trois scénarios à surveiller dans les 18 prochains mois :
- Évolution démographique : si la pression locative s'accentue (étudiants, jeunes actifs), un durcissement reste possible par délibération métropolitaine.
- Décision préfectorale : la préfecture de Côte d'Or peut classer certaines communes en zone tendue indépendamment de la métropole.
- Cadre national : le gouvernement Bayrou a évoqué un éventuel décret d'application complémentaire fin 2026, qui pourrait restreindre la marge de manoeuvre locale.
Pour les propriétaires en mandat chez Dijon Conciergerie, nous assurons la veille réglementaire continue et préviendrons individuellement chaque mandant de tout changement applicable.
Sources
- Loi n° 2024-1039 du 19 novembre 2024 (dite loi Le Meur). Légifrance
- Interview Nuray Akpinar-Istikam, adjointe au logement Dijon Métropole, avril 2026. Journal du Palais
- Guide pratique 2025 meublés de tourisme. Ministère de l'Économie
- Données ADIL 21, observatoire des loyers Côte d'Or 2025
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